Jean-Yves Goujard photographies

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14 mai 2008

Émotion volée...

"Émotion volée" est une petite histoire photographique tout a fait imprévue qui s'est déroulée il y a quelques années lors d'un cocktail... Un appareil photo numérique en main, peu de pixels disponibles à l'époque, peu de lumière, un seul personnage photographié presque à son insu... La magie a fonctionnée.

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La photographie et la poésie peuvent-elle faire encore bon ménage ?
Voici un flagrant délit de vol d’images et par là-même d’une émotion.
Rien n’est calculé. L’instant nous saisi. À nous de le saisir à son tour.
Le modèle n’existe pas en tant que modèle. La séance de photos ne devait pas exister.
Pourtant le vol a eu lieu.

Un texte et un petit livre sont venus accompagner cette série d'images :

"Histoire de l’émotion, celle de nos vies. J’ai rendez-vous avec vous. Non pas aujourd’hui. Ce rendez-vous n’a jamais existé. Était-il écrit ? Quelle importance.

Furtif, oui. C’est le mot. Furtivité de l’instant magique. Surprise aussi. Rancœur et amertume aussi. Mais pourquoi ? Je ne peux pas, je ne veux pas aller à la rencontre de cette émotion. Point de contact. Un regard peut-être. Une interrogation, oui, une grande interrogation. Où veut-il en venir ? Que peut-elle bien décider. L’aventure est totale. Totalement risquée même. Attention danger.

Dans cette alchimie dévastatrice, l’image a au moins le droit de cité. Sera t-elle à la hauteur de ce regard pourtant fuyant ? puis d’un seul coup, c’est parti. Le ballet infernal a commencé. Poursuite fantaisiste et troublante. D’abord discrète, insidieuse, le méfait prend doucement sa forme.

Où va t-on ? nul le sait encore. L’issue pourtant, risque d’être fatale. S’il n’y a pas d’issu, pas de résultat, il y aura au moins la honte d’avoir réussit l’exploit de l’inutile.

Le crime sera commis de toute façon. Alors à quoi bon attendre. À quoi bon se dissimuler davantage. Le ridicule risque de devenir grotesque.

L’action seule peut sauver ce qu’il reste à sauver. C’est-à-dire l’essentiel. Plus rien n’existe. Plus rien n’existe qu’elle.

La cible n’est plus qu’à un mètre. Nous pénétrons dans l’irrationnel tant le contact est si proche et si loin à la fois. Le jeu en vaut-il la chandelle ? Nous allons nous brûler. Le crime sera chaud. Trop chaud.
Tellement chaud qu’il en sera noir. Noir comme le pire des polars. Noir comme la folie. Noir de larmes.

Tentative de rébellion soudaine. Ou plutôt, tentative d’échappé belle. Très belle. Guidé par son seul sourire, le corps suit. La noirceur suspend sa course illuminée. Un espoir de raison. Faut-il se raisonner. Non. À la folie, oui, à la folie, au meurtre. Poussez- moi encore. J’en veux encore. L’image sera le credo final. Le vol sera accompli sans réserve.
Hurlons de terreur et de plaisir car on a osé oser. La course-poursuite reprend immédiatement. Comme si rien ne s’était passé. Les tentatives d’échappées reprennent bien mais c’est une agitation physique qui laisse entrevoir, en mince filet, si ténu, un début de soumission. Fatalité. Pourquoi fatalité. Rien n’est écrit. Je ne veux pas de soumission. Je veux que le combat soit honnête. Ou, à défaut, je veux qu’il soit glorieux.

Je veux, je veux, je veux. Je veux tellement que la colère me dévore, sourde émotion de bile rageuse et volcanique. Non je ne lâcherai pas prise. Non je n’abandonnerai pas ce vol d’émotion au premier venu. Il serait capable de faire mieux ou de salir tout. Que d’exigences. Que de révolte. Je veux crier. J’existe. Enfin !

Reprenons la poursuite. Les dés sont jetés. Nous glissons de plus en plus vite. La musique s’accélère. Le tempo résonne de plus en plus fort. face à face, nez à nez, tête à tête, vis-à-vis, corps à corps. Dérobée... Et puis suivre , rattraper, vite être ici et là-bas. Pas de répit, c’est trop tard.

La lumière est aussi présente que le temps n’existe plus. Enfin, il n’est plus là. Enfin il nous libère. La chaîne se romp. Déjà une victoire. La disjonction temporelle profite au bonheur aussi bien qu’à la folie. Elle est indispensable dans l’accomplissement.
Dans la marche et dans la quête.
La voie est tracée, on peut la suivre, mais il faut certainement se mettre nu. Nu et débarrassé du boulet.

Nul autre lumière, nul autre corps extravagant envahit l’espace dans ce temps si tenu et si long à la fois. Décharnement de bras et de jambes serrées. Sensualité volée, limites repoussées au plus lointain. Pousse au crime de viol en public.
Stop. Sueurs scintillante, respiration, retour au calme. Regard de la réflexion, puis la peur. La marche arrière et définitivement impossible. L’heure est venue. Le vol sera consommé sur place, sans tambour ni trompettes. Pas même savouré. La saveur viendra après avec ses parfums d’étonnement, de pourquoi. Pourquoi, pourquoi, pourquoi ?
Le cri du crime reste étouffé et restera étouffé. La flamme a consumé l’énergie et la rage encore chaude aura ses derniers soubresauts. Trop tard, c’est fini, c’est bu et digéré. Ceci est le vol rebelle.

Apaisement lumineux, respiration lente, les larmes de l’émotion volée naissent enfin, montant du plus profond. Le corps entier enfle pour se retourner de l’intérieur, le coup se tord sous la vivacité de l’instant si chaud. Rien, rien ni personne ne peut partager l’instant T.
C’est un cri muet.
Un cri qui s’écrit et qui se voit.

Voleur !"

© Textes et photos : Jean-Yves Goujard

Posté par jygoujard à 09:43 - Photographies - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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